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François Devige

Dans un décor hors du temps, le moulin de Lapeyre raconte aux visiteurs le génie des artisans périgourdins d'hier et d'aujourd'hui. Le coutelier François Devige y a installé ses ateliers de fabrication, un four à pain et un musée des vieux outils. Visite guidée, au cœur des métiers d'art.

Ganterie, coutellerie, travail du bois ou de la porcelaine... Le Parc Naturel Périgord Limousin accueille 260 ateliers des métiers d’art. Depuis 1999, un Pôle expérimental dédié s’attache à promouvoir la diversité de ces artisans de haute voltige.

Niché au creux d’un vallon bordé de châtaigniers, le moulin de Lapeyre semble tout droit sorti d’une carte postale du XIXe siècle, quand les hommes vivaient encore au rythme des meules et des chevaux. C’est là, dans ce décor enchanteur, que le coutelier François Devige a décidé d’installer ses ateliers de fabrication mais aussi de créer un lieu vivant, entièrement dédié au savoir-faire des artisans d’autrefois.
« Les outils ont une âme. Ils nous racontent à la fois ceux qui les ont fabriqués, mais aussi ceux qui s’en sont servis pour travailler la terre, le bois, le tissu...  Ici, dans ce coin du nord de la Dordogne, nous avons une longue tradition de l’artisanat d’art. Et à l’époque des ordinateurs, il me semble essentiel de donner le goût du travail manuel aux jeunes générations », explique cet amoureux des vieux métiers.
D’abord ébéniste, François Devige est devenu coutelier au début des années 2000 par passion pour le métal. À l’époque, il reprend et sauve la vénérable coutellerie de Nontron, avant de la revendre et de se lancer dans ses propres créations.
Mais si l’artisan exerce son métier chaque jour, il a aussi le goût de la transmission et une exigence trempée dans l’acier : celle de la transparence de la fabrication. Pour initier le public, il a besoin d’un lieu pédagogique. En 2008, François Devige découvre le moulin de Lapeyre et il est conquis.

 

Plongée dans l’histoire du Périgord

« J’ai compris qu’ici, toutes mes passions allaient cohabiter. Je pouvais y installer la forge pour la fabrication des couteaux, mais aussi confectionner du pain, de l’huile de noix et accueillir le public. L’étang permettait d’alimenter le mécanisme hydraulique, je n’ai pas hésité », dit-il.
Pendant huit ans, François Devige a retroussé ses manches, passé ses week-ends et ses vacances à restaurer les vieux murs et sillonné la région à la recherche de pièces et de savoir-faire. Car le moulin n’a plus de roue et il faut en reconstituer le tracé. « L’enjeu était vraiment technique et seuls les anciens pouvaient m’aider à le résoudre », raconte-il encore.
Aujourd’hui le domaine, situé à proximité de l’étang de Saint-Estèphe, s’étend sur 27 hectares entre bois et ruisseaux et comprend trois bâtiments. Un décor de conte de fée pour les visiteurs mais aussi un lieu de création pour les ouvriers qui y travaillent et une véritable plongée dans l’histoire du Périgord.

 

Une carte postale bien vivante

Les coups de marteau des forgerons résonnent sur l’enclume. La fumée de la forge s’échappe des hautes cheminées, la roue à augets tourne, alimentée par les eaux du ruisseau. Sur les meules en pierre, on broie les cerneaux de noix, mais on fabrique aussi différentes sortes de farines et un délicieux pain au levain, cuit au feu de bois.
À l’étage du bâtiment, on se balade au milieu des vieux outils dédiés au travail du bois et de la terre. « Il y a entre 3 000 et 4 000 pièces et certaines datent du XVIIIe siècle. Ces outils sont la mémoire des gens d’ici », témoigne l’artisan.
Dans le parc, une batteuse entraînée par une locomobile de 1932 tourne en permanence. François Devige voulait aussi ressusciter l’ambiance des battages à l’ancienne.

 

C’est en forgeant...

Aux côtés du maître des lieux, cinq ouvriers travaillent toute l’année et fabriquent entre
5 000 et 6 000 couteaux. En dehors des forges, le moulin de Lapeyre compte aussi un atelier de maroquinerie pour les étuis des couteaux et un atelier dédié à l’ébénisterie. Il en sort toutes sortes d’objets : casse-noix, bougeoirs, chaises, tables, jeux de dames et d’échec... ainsi que de beaux ballons ovales en bois achetés par la Fédération française de rugby.
L’été venu, les artisans se font un plaisir de montrer leur savoir-faire aux visiteurs.
Un savoir-faire qui s’est forgé au fil des ans. Car aujourd’hui, François Devige et ses équipes sont particulièrement fiers de maîtriser l’art du Damas. « Un art qui remonte au temps des Templiers, quand les chevaliers avaient besoin de lames à la fois dures et souples. Pour y parvenir, nous avons cherché longtemps », avoue-t-il avec un sourire. Mais, ici, le célèbre adage « C’est en forgeant qu’on devient forgeron » prend vraiment toute son ampleur.