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Catherine Birckel-Versaveaud

Des gorges sauvages de l'Auvezère à l'abbaye de Boschaud ou au village classé de Saint-Jean-de-Côle, le nord du Périgord est l'écrin de nombreux joyaux, parmi lesquels les grottes de Villars.

Trésor du Périgord vert, la grotte de Villars abrite de sublimes peintures pariétales datées d’environ 20 000 ans. Découverte par le spéléo-club de Périgueux en 1953, la grotte appartient à la même famille depuis maintenant trois générations. Son histoire multiséculaire est aussi gravée dans l’ADN de ses propriétaires.

 

La découverte

Hiver 1953 : les spéléologues de Périgueux soupçonnent l’existence d’un réseau de galeries souterraines près du village de Brantôme. Par un petit matin frais, le groupe d’explorateurs repère un trou fumant : c’est l’indice indéniable de la présence d’une cavité. Mais les spéléologues ne se doutent pas encore de l’ampleur de leur découverte.  Car si l’exploration des galeries, qui s’étendent sur 13 kilomètres, va durer plusieurs années, son véritable trésor ne sera découvert que quelques années plus tard, en 1958. Cette année-là, dans une des salles, l’équipe remarque une brèche dans une paroi. Les hommes creusent, le plus mince d’entre eux finit par s’engouffrer dans le tunnel. Il débouche sur une superbe rotonde et observe, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, quatre chevaux peints qui semblent courir les murs...

« Je pense souvent à l’émotion que ces hommes ont dû ressentir à ce moment-là », confie Catherine Brickel-Versaveaud, directrice d’exploitation du site.
Née en 1968, cette ancienne professeur d’espagnol a toujours connu la grotte. « Petite, elle a été mon terrain de jeux, et même si plus tard, je suis partie pour enseigner, j’ai toujours gardé un lien avec la préhistoire. J’ai fait ma maîtrise sur les grottes de Cantabrie : je savais depuis toujours que je reviendrai ici. Cette grotte, ce sont mes racines, c’est un héritage profond », dit-elle encore.

 

L’ouverture au public

Car la découverte de la grotte de Villars a bouleversé l’histoire de la famille Versaveaud. Dans les années 1950, Armand, le grand-père, est exploitant agricole. La grotte est sur ses terres, elle lui appartient, c’est la loi française. Très vite, en 1959, il décide de l’ouvrir au public pour partager « son trésor ». À l’époque, le pari est risqué. Le tourisme n’est pas encore développé, mais les gens du coin commencent à affluer. Et si Armand et sa femme Raymonde continuent d’exploiter leurs terres, ils accueillent les préhistoriens et les spécialistes et se penchent avec passion sur l’art pariétal.

Au début des années 1990, Hubert Versaveaud, le père de Catherine, reprend la main. Il construit un bâtiment et un petit bar pour l’accueil des touristes, crée un son et lumière pour mettre en valeur les peintures pariétales, et adhère à l’association "Visites en Périgord" qui promeut le tourisme. Située en Périgord vert au nord du département, la grotte de Villars, est plutôt éloignée des grands sites touristiques classiques.

« Mais cet éloignement nous a poussés à innover. Mon père a beaucoup travaillé sur la qualité de l’accueil et a amélioré la communication. Il a réussi à faire de la grotte une étape incontournable sur la route du tourisme en Périgord. Aujourd’hui, elle est la seule du département dans laquelle on peut voir les peintures préhistoriques, dont une scène très rare entre un homme et un bison, mais également de très belles concrétions naturelles », explique encore Catherine Brickel-Versaveaud.

 

Le goût de la transmission

Après 15 ans d’enseignement, la professeur a repris la gestion de la grotte en 2009. Son souhait ? Transmettre cette histoire venue du fond des âges aux jeunes générations.
Pour raconter aux enfants et à leurs parents la vie de nos ancêtres, Catherine Brickel-Versaveaud a créé un jardin préhistorique. Elle a reconstitué un campement Cro Magnon, planté une partie de la flore de l’époque et installé un rhinocéros laineux, un bison et un mégacéros.

Aménagé le long d’un sentier de 700 mètres, le parc été pensé de façon ludique et pédagogique avec des quiz et des panneaux, mais aussi des jeux pour peindre avec des pigments ou encore essayer le propulseur, cette arme qui servait à chasser.

Aujourd’hui, la grotte reçoit 55 000 visiteurs par an venus du monde entier. Catherine, qui mène toujours plusieurs projets à la fois, adhère à l’association « Le cœur du Périgord » pour continuer de promouvoir la grotte auprès du public. Elle veille aussi à transmettre la petite flamme des Cro Magnon à ses enfants. Son fils, Thibault vient d’entamer un cursus d’histoire de l’art et d’archéologie à la fac de Toulouse.